lundi 23 mai 2011

La vie nomade

Les nomades vivaient dans une région qu’ils aimaient et au sein de laquelle leur histoire
était inscrite : s’ils la quittaient, c’était sous la pression de contraintes très fortes. Leurs déplacements annuels étaient réguliers et leurs itinéraires répétitifs :
c’était souvent des nomades casaniers et leur nomadisme n’était pas errance. Ces nomades vivaient de troupeaux, liés à une nature imprévisible qui dispense généreusement des pluies une année pour les retenir la suivante : pis, des séries d’années sèches et d’années humides se succèdent comme les sept et les sept du songe du Pharaon.
L’eau et le fourrage, indispensables aux hommes et aux animaux, sont renouvelés chaque année dans un scénario toujours différent : d’une année à l’autre on connaît les verts pâturages d’un paradis terrestre ou l’enfer d’herbes absentes, d’arbres morts et de mares desséchées : c’est, selon un calendrier annuel toujours présent dans les mémoires, ou et parfois pire .
Le nomadisme - des hommes, des animaux dans une nature difficile mais intacte - perdait son aspect de paradis resté à l’écart du monde industriel polluant et des cités démesurées oÙ s’entassent les hommes. Et puis, à scruter le passé, on s’apercevait que les années , , ou étaient plus nombreuses que les années heureuses ou simplement banales évoquant un recensement, une visite ou la mort d’un grand chef.

Le nomade devenait brutalement,pour moi, l’homme affronté à tous les risques naturels’sans
compter à celui de représenter aujourd’hui pour les gouvernements une humanité archaïque, sortie directement du néolithique et qui doit s’intégrer au inonde moderne qui ne peut
qu’être sédentaire.
C’était un étonnement sans cesse renouvelé de voir une société qui réussissait à vivre avec ses troupeaux dans un milieu si difficile : ces pasteurs faisaient corps avec la nature et savaient l’utiliser en l’apprivoisant, en y trouvant la majeure partie des ressources nécessaires non seulement à leur survie mais leur permettant souvent une certaine , Et pourtant ce milieu désertique fragile donnait l’impression de ne pouvoir être maîtrisé qu’en s’y adaptant, sans tenter de le transformer brutalement avec des normes plaquées de l’extérieur. On ne pouvait que vivre à soli rythme,en gérant l’espace et le temps avec une grande souplesse. On ne commandait pas à cette nature, mais on pouvait l’utiliser en sachant comment lui obéir.

EDMONDBE RNUS
Ethnologue, Géographe
Directeur de recherche Ci I’ORSTOM
Extrait du "PASTEURS NOMADES"
D’une fascination aveugle à une passion lucide

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