jeudi 12 janvier 2012

Tersheddat et ses compagnes jalouses

Une jeune fille est transformée en oiseau, suite à la rivalité de ses compagnes. La suite de l’histoire est proprement étrange. On y verra l’importance de l’eau et de l’âne, et il est sans doute très ancien.
Il y avait une jeune fille appelée Tersheddat. Ses compagnes la haïssaient car elle les surpassait en beauté. M’entends-tu ?
Un jour elles allèrent au puits. Ce puits appartenait à un homme qui s’appelait Kamanda. Tersheddat s’éloigna un peu, mais ses compagnes lui dirent : Tersheddat ! Viens donc tirer de l’eau et tu pourras te laver. Oh non ! Je me lave avec du lait, pas avec de l’eau. Allons, viens donc te laver. Tu te laveras avec de l’eau et, à ton retour au campement, tu te rinceras avec du lait.
Tersheddat refusa. Elles la harcelèrent. Elle finit par céder, s’approcha d’elles et se mit à tirer l’eau du puits. Ses compagnes la poussèrent et la firent tomber dedans, puis rentrèrent au campement.



Tersheddat disparut donc, perdue pour tous. Ses parents ne purent la retrouver ni obtenir aucun renseignement sur son sort. Simplement ils restèrent là. Et, dans le puits Tersheddat se transforma en oiseau.

Un jour, un esclave de sa famille dont le travail était de faire paître les chameaux partit au pâturage avec son troupeau. Et tandis qu’il gardait ces chameaux, il aperçut sur un arbre Tersheddat qui était devenue un oiseau. Quand elle le vit, elle se mit à chanter : Ce chameau mâle est à mon père, cette chamelle est à ma mère. Cet esclave est à mon père et moi-même je suis Tercheddat, celle que ses parentes ont jetée dans le puits de Kamanda.
L’esclave l’entendit chanter cela trois fois.
Aussitôt il courut au campement, il alla vers les parents de la jeune fille et leur dit : J’ai vu Tersheddat, elle était sur un arbre !
Il lui répondirent : Que dis-tu, esclave ! Où peut-elle être, Tersheddat, celle qui a disparu et qui serait devenue un oiseau ? Allons-y, leur dit-il, je vous la montrerai.
Ils partirent et là-bas, ils s’arrêtèrent sous les arbres et l’esclave s’approcha de celui où était perchée Tersheddat. Quand elle le vit, elle chanta : Ce chameau mâle est à mon père, cette chamelle est à ma mère. Cet esclave est à mon père et moi-même je suis Tercheddat, celle que ses parentes ont jetée dans le puits de Kamanda.
Ils tendirent l’oreille et quand ils l’eurent entendue, ils furent certains qu’il s’agissait bien d’elle.
Comment faire, se demandaient-ils, pour attraper cet oiseau ?
Ils s’assemblèrent et tinrent conseil. Allons au puits, montons une belle tente brodée, érigeons-la sur l’orifice du puits. Peut- être viendra-t-elle y faire son nid.
Ils montèrent la tente là où viendrait cet oiseau. L’oiseau vint et fit son nid. Aussitôt ils s’en saisirent et ramenèrent Tersheddat-oiseau au campement. Là ils la mirent dans une petite boîte de cuir.
Elle grandit jusqu’à devenir trop grande pour la boîte. Ils la mirent dans une boîte plus grande. Elle grandit jusqu’à devenir trop grande pour la boîte. Ils la mirent dans un sac à bijoux. Elle finit par devenir trop grande pour lui. Qu’allons-nous faire ? se demandèrent-ils.

Ils la mirent alors dans un sac en peau ; elle finit par devenir également trop grande pour lui. Ils la placèrent sous un lit. Elle grandit et finit aussi par être trop grande aussi. Qu’allons-nous faire d’elle ? se demandait-on. Trouvons un âne bien gros, nous l’y mettrons.
On trouva un âne et on y fit entrer Tersheddat.
Il y avait un puits où on venait puiser de l’eau. Les gens y venaient, emplissaient leurs outres, abreuvaient leur bétail et repartaient après avoir attaché leurs outres sur leurs ânes.

Dans l’après-midi, quand le gros âne su qu’il n’y avait plus personne à ce puits, il s’y dirigea. Quand il y arriva, la jeune fille sortit de lui, l’abreuva puis elle lava ses vêtements, se lava, enfourcha son âne et prit le chemin du retour.
Quand elle fut en vue du campement, elle entra dans son âne. L’âne, une fois arrivé, fut soulagé du poids de l’outre et il partit. Ceci se renouvela une première fois. Elle alla au puits. Il y avait du monde autour, les gens burent, abreuvèrent leurs ânes et repartirent tous. L’après-midi était venu quand le gros âne revint comme la fois précédente.
Tersheddat en sortit, elle abreuva son âne, elle lava son linge, elle enfourcha son âne et repartit. Ceci se renouvela une seconde fois.
Les gens commencèrent à se demander Qui abreuve le petit bétail qui accompagne cet âne  ?
Alors un jeune homme vint et leur dit : Ne vous inquiétez pas, je vais grimper dans cet arbre et je verrai bien qui abreuve le petit bétail qui accompagne cet âne et qui lui remplit son outre.
Alors le jeune homme vint. Il grimpa sur l’arbre surplombant le puits. Le puits était désert et voilà que l’âne s’approcha ; lorsqu’il fut arrivé, la jeune fille en sortit., elle l’abreuva, elle emplit son outre, se dévêtit et se lava. Voyant qu’elle se lavait, il sauta sur ses vêtements et s’en empara. Rends-moi mes vêtements ! cria-t-elle. Non, je ne te les rendrai pas. Sauf si tu me dis : « Je t’aime, épouse-moi. » Je t’aime, épouse-moi, lui dit-elle.
Il lui rendit ses vêtements et elle partit

Le jeune homme revint à son campement. Là-bas, il dit à ses parents : Moi, c’est ce vieil âne que je veux épouser. Mon enfant que veux-tu faire d’un âne ? lui répondirent-ils.
Il leur confirma : Moi je l’aime, je lui fais confiance, je vais l’épouser.
Ses parents pleuraient en lui demandant : Mais comment peux-tu vouloir d’un âne ? Mariez-moi à lui, répondit-il.
On fit le mariage, on fit la noce de l’âne. On édifia la tente nuptiale puis on attacha l’âne à l’intérieur et on amena le marié. Quand les invités de la noce furent dispersés, une jeune fille très belle, au teint clair sortit de l’âne. Les mariés frappèrent l’âne, il partit.

Au petit matin la mère du jeune homme accourut. Courons voir si mon fils est encore en vie ou si cet âne l’a tué, se disaient-elle. Elle arriva, jeta un coup d’œil dans un petit trou et vit combien cette jeune fille était belle. Alors elle s’évanouit. La jeune fille ôta la sueur de son front et l’en aspergea ; la mère reprit ses esprits. Le père du jeune homme vint à son tour. Il jeta un coup d’œil et s’évanouit. Tersheddat ôta la sueur de son front et l’en aspergea. Il reprit ses esprits. Puis vint le grand frère du jeune homme. Il se mit à trembler et s’évanouit. Elle ôta la sueur de son front et l’en aspergea. Il reprit ses esprits. Vint enfin la grande sœur du jeune homme. Elle aussi jeta un coup d’œil et s’évanouit. Elle ôta la sueur de son front et l’en aspergea. Elle reprit ses esprits.

Le conte est parti par là. Il court, il est fini....

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